Yacine Sif El Islam
Sola Gratia


Note d'intention :
Le 3 septembre 2020, à Bordeaux, vers 1h30 du matin, un jeune homme nous a poignardé mon compagnon et moi en criant : "sales pd".
Il a planté son couteau dans l'épaule de mon compagnon et m'a tranché le visage.
Ce coup est venu ouvrir une plaie bien plus profonde. 
Ça a été comme le premier domino qui a renversé, dans un fracas assourdissant, tout les dominos de souffrances que j'avais accumulé pendant les trente premières années de ma vie.
J'ai su immédiatement qu'il fallait que je trouve en moi la force un peu absurde du cavalier qui le pousse à remonter tout de suite sur son cheval après qu'il en a chuté.

Je me suis mis à écrire.
Avec ce besoin impérieux de prendre le plateau pour exorciser la souffrance.
Dire le mal, crier l'injustice, partager la peine.
Mais en même temps s'est posé la question de la mise en forme de ce désir.
L’artiste peut il, doit il, se servir de ses traumas comme d'une matière à œuvre ? 
Dès lors que la violence est mise en scène, même si nous la critiquons, ne la cautionnons nous pas ?
Y a-t-il une déontologie de l'artiste ?
Suis je légitime à prendre des gens à témoins de ma souffrance, pourquoi moi plus qu'un autre?
Et comment mettre en scène cette violence ?
En l'incarnant, en la désincarnant, en la mettant en distance ou en l'exposant ?
Faut il avoir recours à la fiction ou au contraire être scrupuleusement fidèle à la réalité ?

Autant de questions que j'essaie de poser en retraçant à rebours mon expérience de la violence à travers des dates clefs et en travaillant sur des mises en scènes spécifiques pour chaques dates qui me permettent d'entamer un dialogue avec le spectateur sur la relation entre art et violence, entre douleur personnelle et esthétisation de cette violence.

Ce solo c'est la tentative d'une forme essentiellement politique qui se questionne sur elle même. Qui s'affirme en doutant.
C'est la peinture intime d'un combat avec soi même, complexe et ambiguë.
C'est aussi le récit sincère et sans filtre d'un garçon qui en a chié et qui a besoin de lâcher du leste pour ne pas s'écraser. Yacine Sif El Islam, Bordeaux, octobre 2020.

Yacine Sif El Islam - Biographie

Après l’option-théâtre au lycée de Salins-les-bains (Jura), puis le DEUST à l'Université de Besançon, il intègre l'ESTBA en 2010, pour 3 ans.
Intéressé depuis toujours par la mise en scène il a dirigé toutes les créations du Groupe Apache : en 2013, Le Misanthrope, qui sera joué dans divers lieux non théâtraux (fermes, église, chantier naval), de 2015 à 2017, le Projet/Molière d'après Le Misanthrope, Dom Juan et Tartuffe, joué à la Manufacture Atlantique de Bordeaux, puis en 2017, Sodome et Gomorrhe de M. Proust, toujours à la Manufacture Atlantique, et Spartoï, une pièce mythologique de science fiction, écrite par Jules Sagot et jouée à Bordeaux dans le cadre du FAB, en coproduction avec le TnBA et le CDCN de Bordeaux.
En 2019, Yacine Sif El Islam créé la performance The way you see me, dans le cadre du FAB au TnBA puis Après avoir joué Actéon aux Beaux-arts de Bordeaux dans le cadre du festival Trente Trente.
Chemin faisant, à la faveur d’un aller-retour permanent entre textes classiques et contemporains, Yacine Sif El Islam, axe sa recherche artistique sur l’articulation entre une réflexion existentielle et politique, sur le rapport de l'Homme à sa propre violence, et une recherche formelle autour des notions de "spectacle", d’"interprétation" et de "spectateur".
Yacine Sif El Islam est aussi comédien, notamment pour Catherine Marnas, Julien Duval, Sandrine Anglade ou Yves Noël Genod.

 

Conception, jeu, écriture :
Yacine Sif El Islam 
Conception des costumes et conseil :
Benjamin Yousfi 
Travail corporel et oeil extérieur :
Sophie Dalès
Technique :
Grégory Martin 
 

Sorties de résidence :
Jeudi 17 et vendredi 18 décembre à 16h
Sur réservation :
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05 56 17 03 83


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